Au fil du Rhône

    Les volets sont encore fermés, le petit déjeuner généreux, la radio diffuse le bulletin météo,  «  Pour la zone Sud Sud-Est, vent de secteur Nord à Nord-Ouest fraîchissant et forcissant dans l’après-midi sur les basses vallées du Rhône… »  Voilà qui conforte le choix de mon itinéraire pour une reprise en douceur après de longs mois d’abstinence d’activités cyclistes au long cours. J’ai choisi quelques kilomètres de la Via Rhôna ou Eurovélo 17. Cet itinéraire cyclable qui suit le fleuve Rhône quitte les rives du lac Léman pour terminer sur les plages de la Méditerranée.

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    C’est l’heure, j’éteins la lumière, équipe mon vélo et glisse vers la gare dans la ville encore endormie.

    Je commence à dérouler le fil de ma vélo-rando à Givors, à une quinzaine de kilomètres au sud de Lyon. J’évite ainsi la traversée de l’agglomération industrielle et grise de Lyon. Et c’est parti plein sud, en pente douce vers les rivages de la Méditerranée. Le vélo est bien équilibré, le balisage excellent, j’ai le vent dans le dos comme prévu. Saint Romain en Gal (riche de son patrimoine antique), Vienne sur l’autre rive (ancienne capitale de la Gaule) sont déjà derrière moi.

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    Autoroute du soleil, Nationale 7, voies ferrées sur chacune des rives, trafic fluvial et piste cyclable maintenant, le Rhône depuis l’antiquité est resté une voie majeure pour la circulation des marchandises et des populations entre l’Europe du Nord et la Méditerranée. Ce fond sonore perpétuel de la circulation agace un tantinet mes oreilles. Je retrouve un Rhône plus sauvage au niveau de la réserve naturelle de l’île du beurre. Un sentier de découverte dans cette forêt alluviale avec des observatoires et des points d’affûts  me permet d’observer quelques oiseaux: hérons cendrés, cygnes tuberculés, mésanges, gallinules poules d’eau…

    Les calories brûlent, mes muscles réclament. Je m’impose une pause gourmande accompagnée d’un savoureux verre de viognier. La région que je traverse actuellement est mondialement célèbre pour son vignoble Côte de Rôtie. Les coteaux très escarpés dominent le Rhône. Les moindres replis exposés au soleil sont mis en culture. Certaines terrasses si étroites ne comportent pas plus d’une dizaine de ceps me dit on. Même sous ce ciel gris qui écrase un peu le relief, j’admire ce paysage façonné en  » jardins » perchés » par la main de l’Homme.

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    Je quitte le département de la Loire pour entrer en Isère. Un milan noir se laisse porter par le vent et m’accompagne un temps en bordure de la réserve naturelle de l’île de la Platière.

    Si San Francisco a sa maison bleue adossée à la colline, la commune de Sablons a son pont suspendu bleu. Un parmi tant d’autres. Ceux ci peuvent être routiers, autoroutiers, ferroviaires, piétonniers, mixtes, usines-écluses ou modifiés en passerelle himalayenne pour celui de Rochemaure. Ceux ci au gré de ma descente vers le sud me permettent de jongler entre les deux rives. Le vent fort soufflant sur certains de ces ponts aux structures métalliques laisse s’échapper des notes musicales lugubres.

 

 

    La vallée s’élargit. Le Rhône alimente des vergers et des parcelles de cultures maraichères. Une mouette résiste face au vent dans un vol stationnaire avant de décrocher et se laisser emporter par le Mistral. Le Rhône moutonne. Des cormorans aux ailes déployées sèchent leurs plumes après quelques plongées en apnée.

    Le soleil, la chaleur agréable du printemps et la ville de Valence juste traversée, annoncent les senteurs de la Provence. De la couleur pour le bien des yeux, entre le jaune citron des cultures de colza, le rouge éclatant de quelques pointes de coquelicots en bordure, le vert tendre des feuilles qui bruissent, le rose pourpre vif des arbres de Judée, le blanc des dernières fleurs des fruitiers envolées sous l’emprise du vent dans un ballet aérien. L’odeur aussi est porteuse de souvenirs qui s’éveillent en moi. Musculairement tout va bien, mes cuisses ne crient pas grâce. Rare se fait entendre le cliquetis du changement de vitesse. Grand plateau, petit pignon telle est la cadence donnée. Du bonheur.

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    La piste cyclable passe aux abords de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, avec comme arrière plan une carrière à ciel ouvert qui défigure la colline. La fresque monumentale rassurante sur l’un des 4 réacteurs sur le thème de l’écologie n’est pas pour autant rassurante. La laideur peut côtoyer la beauté.

    Poussé par le vent, je joue les mauvais garçons insouciants, les pieds sur le guidon sur quelques portions bien rectilignes. L’équilibre est parfait, je me laisse porter. Un nouveau bivouac réussi sous les étoiles loin des trains de marchandises qui roulent dans la nuit. Je me laisse bercer par le chant nocturne de la chouette hulotte.

    Le soleil est à peine tiré de l’horizon que déjà le pic vert s’active énergiquement en martelant son bec contre le tronc de vieux arbres. Un écureuil roux regagne son nid. La forêt s’éveille et le soleil commence à me réchauffer les os.

    A travers les plaines agricoles, je finis par rallier Caderousse. Petit village vauclusien en bordure du Rhône encerclé par une imposante digue de pierres du dix-neuvième siècle qui le protégeait des inondations. Je suis bien loin du stress des villes sur cette petite place au calme sous l’ombre du platane. Deux papés, casquettes vissées sur la tête, assis en terrasse face au soleil à l’abri du vent laissent le temps filer sans rien dire. Quand le silence semble leur peser, ils entament une nouvelle conversation faite de commérages. Et ainsi va la vie….

Caderousse
    La vue sur le vestige d’un ancien pont où ne subsistent plus que quatre arches, au détour des berges du Rhône signe mon arrivée en Avignon.
    La suite du parcours entre Avignon et Beaucaire est sans intérêt aucun à mon goût. Le Rhône y est puissant. Ce n’est qu’une succession de zones industrielles et commerciales. Bon ok, par ci par là, quelques parcelles de vignobles. L’ impatience me gagne. Je m’impose donc un rythme soutenu pour retrouver au plus vite la quiétude de la Camargue.

 

Roger Lapébie

C’est le retour avec un arrêt sur Bordeaux. (Quatrième ville du monde la plus « amicale » pour les déplacements à vélo).
De la gare ferroviaire, il suffit de rejoindre le vieux pont de pierre, de tourner deux fois à droite pour tomber sur la piste cyclable de l’entre deux mers.

Je remonte la rive droite de la Garonne. Cette première partie urbaine est vite avalée. Un peu plus loin, je réduis la vitesse pour apprécier la quiétude du lieu. Face à la Garonne et dans un cadre tapissé de verdure se succèdent de superbes demeures à demi-cachées derrière d’imposants portails en fer forgé. Quelques pontons pour la pêche au carrelet s’avancent sur l’estuaire.

Km 11, le fleuve est derrière moi, j’arrive à l’ancienne gare de Latresne, point de départ de la piste « Roger Lapébie », du nom du célèbre coureur cycliste girondin, vainqueur du Tour de France 1937. Là aussi cyclistes, rollers, piétons ont remplacé les trains. Cette ancienne ligne de chemin de fer aménagée va me mener loin de tous véhicules motorisés jusqu’à Sauveterre-de-Guyenne.
Le parcours serpente à travers bois et champs.
Vers l’horizon, un rideau de pluie se déplace sur les coteaux.
Je plante la tente sous la lune.
Dans le lointain. le chant d’une chouette trouble le silence nocturne.

La journée ne peut que bien commencer. Le réveil à l’aube naissant, avec le vent qui bruisse dans le feuillage est plus qu’agréable. Le bivouac est vite plié, pour rouler dans ces instants magiques. La terre transpire le parfum de l’herbe fraichement coupée, libère l’odeur des sous bois après l’orage. Un écureuil traverse devant moi en toute insouciance. Moins une que je lui laisse l’empreinte de ma roue sur sa queue.

Le parcours file au grès des anciennes haltes ferroviaires aménagées pour certaines en café-restaurant, point info, accueil vélo…Après le tunnel de La Sauve, je file à travers vignes, prés et bois, vers Frontenac puis Sauveterre-de-Guyenne pour gagner la place centrale bordée d’arcades, et jour de marché.

Je regagne le canal de la Garonne et la gare SNCF de La Réole par de petites routes très peu fréquentées. Le parcours beaucoup plus vallonné trace au milieu des vignes. Je roule au cœur des vignobles de l’Entre-Deux-Mers.

Vagues océanes

Une toile de tente, un duvet, un rechange, un réchaud à bois, un livre de James Lee Burke, le tout dans les sacoches et me voilà parti.

 »Je laisserai le vent baigner ma tête nue… » A. Rimbaud.

Je quitte Langon en milieu d’après midi dans une chaleur orageuse et étouffante. Les pneus collent au goudron sur ces premiers kilomètres qui me permettent de rejoindre le départ de la piste cyclable. Cette voie verte réalisée sur une ancienne voie ferrée file sur Mios et au-delà vers le bassin d’Arcachon et l’océan Atlantique.

L’air est électrique. Il me semble qu’une simple étincelle suffirait à ce que tout s’embrase autour de moi. le vent chaud réduit au silence pesant ces forêts de pins que je traverse. Même pas un chant d’oiseau se fait entendre. la sueur ruisselle sur un corps qui souffre. Je m’impose de fréquentes pauses aux anciennes haltes ferroviaires et ouvrages réhabilités pour m’hydrater. Solitude la plus totale en cette première journée, où je ne croise aucun cycliste. Les spots pour bivouaquer ne manquent pas tout au long de cette piste de très bonne qualité. Justement premier bivouac 3h30 plus tard, il est temps, l’orage menace. Je m’endors avec le bruit de l’impact des grosses gouttes sur la toile de tente.

La piste s’enfonce en de grandes lignes droites dans la brume matinale. Le vent m’apporte des odeurs de bruyères et de genêts. Les arbres s’égouttent de la pluie nocturne. De Biganos à La Teste de Buch, la section cyclable est plus urbaine et je n’y trouve aucun intérêt  mais arrive à me perdre. Vigilance à droite, à gauche à cause de la circulation automobile et je zappe le balisage.
Je retrouve finalement la voie de sortie, pour quelques kilomètres plus loin, me heurter à la dune du Pilat.

Cette masse de sable me prive de tout horizon océanique, sauf à gravir ses 110 mètres de hauteur.

En descendant vers le sud, la piste serpente entre forêts et nombreux lacs. (De bons spots bivouacs).

Au détour d’un virage, une brèche dans la pinède me laisse entrevoir le ciel qui se déverse sur l’océan. C’est l’occasion de croquer dans une barre de céréales tout en appréciant le silence.

De brèves ascensions succèdent à de courtes descentes, il faut les franchir ces dunes de la forêt landaises. Je commence à rencontrer des rando-cyclistes sur la Vélodyssée. Certain(e)s roulent le temps d’une étape journalière, d’autres qui pédaleront plusieurs jours pour remonter jusqu’à Morlaix en Bretagne. Ces rencontres donnent l’occasion de causer et ce sont conseils, infos diverses voire récits de voyage qui sont échangés.   Par contre d’autres filent à vive allure, sans se soucier que je suis en rade sur le bord de la piste. En effet, une belle fissure se profile sur la jante de la roue arrière. Un des patins de frein est du coup sérieusement touché. La roue est à changer, elle ne tiendra pas les 150 kms du parcours restant. Demi tour sur Mimizan pour trouver un réparateur vélo. Le livre de J. Lee Burke me sauve de cet arrêt forcé, le temps des réparations.

L’océan est juste sur ma droite.

Les immenses plages de sable blanc et fin sont d’une beauté sauvage.

 Les plantes ancrées aux dunes, ondulent sous la brise marine. Quelques oiseaux marins dérapent dans le ciel.

Des surfeuses tentent les dernières vagues avant que le soleil ne bascule totalement dernière l’horizon.

Les constellations s’allument les unes après les autres. Le bruit des vagues qui descendent la plage doucement comme un murmure, sous un ciel de plus en plus étoilé me procure une véritable sensation d’échapper à la civilisation. Je prends le large…

Finies les longues pistes forestières. Voilà que je m’approche de Bayonne. le relief change, les montagnes du Pays Basque se dessinent en fond de toile. A partir de Biarritz, les membres se plient, se tendent, s’étirent. Le sélecteur vitesse est sollicité.

Cette fin de parcours n’est pas véritablement aménagée non plus pour les cyclistes, mais qu’importe, je suis gagné par l’euphorie d’arriver à Hendaye en roulant sur cette magnifique corniche basque.

La côte d’Argent, ça , c’est fait.

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Des chenaux de marée, des bancs de sable, des vasières, des lagunes au sable fin, des prairies d’herbes marines, la mer des Wadden c’est l’évasion garantie.
Géographiquement la mer des Wadden est une mer côtière qui s’étend le long du littoral de la mer du Nord du Helder aux Pays-Bas jusqu’à Esbjerg au Danemark. Une cinquantaine d’îles et îlots est posée sur les eaux peu profondes de la mer et se révèlent être de vrais paradis pour les ornithologues. Plus de 10 % de la population mondiale des oiseaux migrateurs serait accueillie sur les îles de la mer des Wadden lors des migrations, de l’hivernage et de la reproduction.

Au commencement se trouve Texel (Pays-Bas) à 20 minutes en ferry du continent. Il y est facile de louer un vélo. Le réseaux de pistes cyclables est bien balisé et j’apprécie une fois de plus de rouler à l’écart des voitures. Je remonte jusqu’à la pointe nord de l’île où se trouve le phare de Cocksdorp.

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Pédaler sur la digue artificielle et où paissent de nombreux moutons m’offre une vue imprenable sur la mer à marée basse.C’est un véritable garde-manger pour les oiseaux à ce moment de la journée.
Le cacardement des oies me tire de mes observations de bécasseaux, chevaliers, huîtriers pie, tournepierres à collier…Des centaines d’oies traversent bruyamment le ciel dans une formation en V. Je n’en ai jamais vu autant. Les premiers froids sibériens, scandinaves, une nourriture plus rare les poussent à venir hiverner dans des régions plus au sud comme ici aux Pays Bas. C’est juré je me revisionne le magnifique film de Jacques Perrin,  »Le Peuple migrateur » à mon retour.

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De temps en temps, une maison au toit de chaume, un moulin à vent pour donner du relief.

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Je rentre sur Oudeschild par la côte ouest et le sud de l’île. Tout autre paysage fait de landes à bruyères, de vagues de dune, de plages sans fin où il faut marcher assez longtemps pour atteindre le bord de mer. J’apprécie tout particulièrement la fraîcheur de la forêt de Westermiend. Je ne pensais pas qu’il aurait pu faire aussi chaud en cette saison.

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Puis voilà le temps de se rendre sur l’île de Terschelling (toujours aux Pays Bas). L’invitation à y séjourner est plus que tentante:70kms de pistes cyclables, une plage au sable blanc de 30 kms et large de 500m, 80% de la surface de l’île est classés réserve naturelle, des colonies d’oiseaux. Et le soleil s’annonce au rendez-vous.
Le ferry nous débarque à West Terschelling non loin du phare de Brandaris et là aussi c’est avec toute simplicité qu’un vélo peut être loué pour partir à la découverte de l’île.

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Cote nord de l’île, la plage à perte de vue balayée par le vent et la mer qui à l’horizon se fond dans le gris émouvant du ciel. Le décor est planté devant moi. J’adore tout particulièrement cette luminosité nordique.

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Côté terre, des marais ,de nouveaux des polders, dont certains squattés par des centaines d’oies, des vanneaux huppés. Il m’est donné l’occasion d’observer ma toute première spatule blanche parmi un groupe de cormorans. Je trace à travers les dunes ondulantes sur les pistes côtières, de nombreux chemins permettent de regagner les petits villages pittoresques de Midsland, Lies, Hoorn et Oosterend.
Je prends conscience de pédaler dans un paysage unique, l’atmosphère y est magique et mes nombreuses pauses m’incitent à la rêverie.

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Mais voilà qu’il est déjà temps de penser au voyage retour. Les autres îles garderont leurs secrets jusqu’à un prochain retour.

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Saison 02 Episode 03: Un canal de trop

Quelques hésitations plus tard,

Le vrai voyageur n’a pas de plan établi.. Lao Tseu

j’enfourche mon vélo et direction plein ouest pour remonter l’estuaire de la Loire. Le vent dans le dos, température douce, ciel bleu, je fonce sur Nantes, sans oublier quelques pauses le temps de regarder avec curiosité:

Le serpent d’océan (œuvre de Huang Yong Ping).

L’hlm pour oiseaux.

DSC01870La villa cheminée (œuvre de Tatzu Nishi).

P1080650-Un voilier abandonné plié sur une écluse (œuvre d’Erwin Wurm).

DSC01872Le pendule de Roman Signer et bien d’autres…

et le bouquet final avec toujours autant d’émotions:

Les Machines de L’Ile.

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Un projet artistique  sur le site des anciens chantiers navals où le temps de la visite, je m’immerge dans les mondes fantastiques de Léonard De Vinci, de Jules Verne. Les Machines (Éléphant, fourmi, araignée, héron,chenille…), mécaniques d’acier , de bois, de cuir prennent vie et se déplacent grâce à des machinistes. Il est possible aussi de visiter l’Atelier en activité où créateurs, ingénieurs, techniciens, chaudronniers, soudeurs, sculpteurs, menuisiers travaillent à la naissance de nouvelles créatures. Emotions poétiques garanties.

J’envisage de prolonger mon périple le long de La Loire, Ancenis, Angers…Mais de nombreux cyclotouristes que je croise me déconseillent ce parcours. En effet suite aux grosses inondations que la région a subies récemment, certains passages sont impraticables, détournés et les moustiques y sont particulièrement voraces. Que cela ne tienne, c’est vers la Bretagne que j’adapte mon nouvel itinéraire avec une piste bien roulante le long du canal de Nantes à Brest.

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Après l’effet découverte d’un canal bordé de chênes et non de platanes, la lassitude me gagne assez vite. Quelques pêcheurs dans une  solitude qu’ils semblent vouloir s’imposer, fixent le bouchon flottant de leur ligne. je dépasse un randonneur pédestre. Parti début mai de Menton, il comptait rallier à pieds son village près de Brest. Lui comme moi, convenons que ce cheminement à fleur d’eau où alternent méandres, paysages bocagers, marais, bosquets, est plutôt ennuyeux . Il compte décrocher d’ici 2 jours et moi dès demain, une fois arrivé aux portes de la Bretagne à Redon.

Les orages crépusculaires à répétition, une centaine de kms rasoir le long de ce canal finissent par briser ma détermination de rejoindre Brest ou Morlaix.

Une dernière nuit sous tente et ce qui faut avec:DSC01841Dernière étape où dans les brumes matinales du canal, se détache le vol d’un martin pêcheur. Un héron est déjà aux aguets sur le bord de la rive et j’évite de justesse la traversée surprise d’un chevreuil.

DSC01892Terminus au confluent de l’Oust et de la Vilaine à Redon donc où je trouve le kouign-amann un peu trop sec à mon goût.

Kenavo.

Saison 02 Episode 02: La route des côtes

Quelle impatience d’en finir avec la platitude de ce canal latéral de La Garonne, vite traverser Bordeaux pour me heurter face à l’océan. C’est donc plein ouest, par l’ancienne voie de chemin de fer et vent de face que je fais route vers Lacanau Plage. Le parcours évoque des souvenirs de vacances avec ces fragrances d’un mélange de sève de pins, de genêts en fleurs, de fougères. Une touche d’air iodé s’y rajoute et laisse  présager de mon arrivée proche. Bivouac face à l’océan qui avec ses puissants rouleaux dans le soleil couchant font le jeu des surfeurs(es).

DSC01813DSC01810 C’est plein nord sur la vélodyssée (La plus longue véloroute aménagée de France, d’Hendaye à Roscoff) que je remonte la Côte d’Argent. Lacanau Océan, Carcans Plage, Hourtin Plage, Naujac Sur Mer, Montalivet, Soulac Sur Mer, autant de stations balnéaires qui me laissent indifférent avec leurs échoppes de souvenirs, d’articles de plage, de restos…Mais entre ces villages de villégiature de bord de mer, la piste qui serpente entre dunes, forêts, réserves naturelles, m’offre de magnifiques fenêtres sur l’Océan et ses grandes plages de sable.

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Le Verdon Sur Mer: terminus. Je quitte la région du Médoc. Je reconnais le phare de Cordouan(dernier phare construit au monde) et la grande roue de Royan de l’autre côté de la Gironde. Un service de bacs fluviaux m’assure la traversée de l’estuaire.

DSC01816Un début de parcours en Charente-Maritime sur la Côte de beauté à Royan et ses villas belles époques, hôtels particuliers jusqu’à La Palmyre. Un trajet que je finis par connaitre comme le fond de ma poche (randonnée pédestre GR4 de Grasse à Royan, marathon de Royan) mais splendide avec ses plages aux allures de petits croissants de sable nichés entre les rochers, ses cabanes de pêcheurs, ses carrelets.

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3ème Côte dite Côte Sauvage. La vélodyssée file a travers la forêt domaniale de la Coubre façon montagne russe. Des nombreuses sentes à gauche me mènent à des plages orientées plein ouest mais avec une baignade déconseillée à cause de forts courants appelés baines.

De l’autre côté de l’estuaire de la Seudre, je pédale entre marais sillonnés de canaux et sous le vol bienveillant des cigognes, hérons pourprés, cygnes…. C’est un régal pour mes yeux d’ornithologue amateur.Je fais un bout de route avec Benjamin(ça va un moment le: » il voyage en solitaire » de G.MANSET) parti de Montpellier avec son vélo et sa remorque pour faire la saison aux Sables-D’Olonne.

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Le fleuve La Charente et la cité royale de Rochefort traversés je me retrouve dans les terres sous une chaleur orageuse.

DSC01827Me voilà arrivé à la pointe des Boucholeurs (Personne qui travaille à l’élevage des moules sur les bouchots: support en bois enfoncés de moitié dans le sable) et la baie de Châtelaillon-Plage. Bien dommage que l’Ambiance Cabane soit fermée lors de mon passage pour dégustation.

Les roses trémières ont fait place aux pins maritimes depuis quelques kilomètres.

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J’ai les tours gardiennes du port de La Rochelle en vue.

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Je quitte l’océan pour rejoindre la cité fluviale de Marans(et son drôle de clocher) par le canal du même nom et rentrer en Vendée. Jolie étape également qui me fait découvrir la partie dite « desséchée » du marais poitevin mais hélas toujours avec ce temps orageux.

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Les abris, le temps d’une grosse averse ne manquent pas, tel que celui-ci:DSC01842

 


 

 

 

Et toujours d’aussi magnifiques paysages de polders avec des châteaux d’eau comme unique point de repère.Beaucoup d’oiseaux observés feront mon bonheur de cette journée. 

DSC01845Virage à gauche toute pour rejoindre la Côte des Fleurs, L’Aiguillon Sur Mer, La Faute Sur Mer, La Tranche Sur Mer.

DSC01851Des voiles de pluie à l’horizon zébré d’impressionnants éclairs, sous des variations de couleur m’invitent à prolonger ma pause. Je prends un cours de peinture face à ce tableau vivant. Le ciel, ce n’est pas que du bleu uniforme.

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Après La Tranche Sur Mer, le parcours longe quelques criques rocheuses.La Côte des Lumières m’ouvre ses portes aux Sables-D’Olonnes jusqu’à St Jean de Mont. A St Gilles Croix de Vie, le port, les quartiers anciens retiennent mon attention beaucoup plus que ses barres de logements face à la mer qui défigurent le paysage par la suite.

Je m’impose un petit crochet par l’île de Noirmoutier en empruntant le pont à l’aller et le passage du Gois pour le retour sur le continent. Il s’agit d’une route » sous le niveau de la mer » longue de 4,2kms reliant à marée basse l’île de Noirmoutier au continent. La traversée peut  représenter certains risques si l’on ne respecte pas les horaires des marées de basses eaux. Des mâts balises permettent  de se réfugier en cas de nécessité. De nombreux pêcheurs à pieds munis de petits râteaux grattent le sable à la recherche de coquillages style coques.DSC01858Du port du Bec, au port des Brochets en passant par celui des Champs, je traverse le pays de l’huitre avec ses maisons de pêcheurs, ses cabanes à carrelets , ses marais salants balayés par les embruns. Le dépaysement est toujours au rendez vous.DSC01865Le marais breton vendéen est déjà dans mon dos, voilà la Côte de Jade. Quelques criques de sable fin plus loin et passant par le vieux port de Pornic, j’achève mon périple de la Côte Atlantique à St Brévin. De l’autre côté du pont qui enjambe l’embouchure de La Loire se trouve St Nazaire.

DSC01868 Et là, la question: Je traverse ce pont pour continuer sur la piste Vélocéan qui me conduirait dans le Golfe du Morbilhan? ou bien je file vers Nantes, pour au delà prolonger mon parcours en remontant La Loire sur l’Eurovélo 6?

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Saison 02 Episode 01: Le canal des Deux Mers

Ma motivation de pédaler de polders en polders, d’îles en îles, vers le pays le plus heureux au monde, le Danemark, s’est transformée en indécision et finalement en abandon.
Pour causes de grèves, l’impossibilité de rejoindre mon point de départ prévu Dunkerque avec un train et sans avoir mon vélo a démonter, a classé l’idée dans le dossier « A Faire une prochaine fois ».

Aussi ce matin là, j’ai ouvert la porte, enfourché mon vélo, descendu le boulevard, pour retrouver les berges du canal(nommé Canal des Deux Mers).
Une piste cyclable longe cette voie d’eau, et c’est tourné vers l’Atlantique que j’ai donc finalement décidé de pédaler.
La première partie vers Toulouse est constituée du célèbre canal du Midi, construit entre 1666-1681 sous l’idée de Pierre-Paul Riquet et classé depuis 1996 au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Seules les portions de Trèbes à Carcassonne et de Castelnaudary à Toulouse sont roulantes et agréables. Le reste du parcours emprunte le simple chemin de halage qui s’apparente plus à un terrain de vélo-cross et qui nécessite souvent vigilance(racines,branches…).

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Le paysage ombragé du canal a disparu sur de longues sections. Le chancre coloré arrive à tuer les platanes en 2 à 3 ans,malgré des campagnes d’abatages localisés qui tentent d’éradiquer la prolifération de ce champignon microscopique.
Le canal du Midi reste quand même exceptionnel avec ses nombreux ouvrages d’art. Au détour d’un méandre voilà que se dessine un pont, un déversoir, un aqueduc, une écluse ou bien une maison d’éclusiers fleurie.Voici quelques spots à ne pas manquer:
A Béziers : les 7 écluses de Fontserannes, le pont-canal.
A Colombiers : le tunnel de Malpas.
Le Somail : le pont-canal de Cesse, l’épanchoir des Patiasses, le port, l’auberge, la tour à glace.
A Trèbes : le pont-canal d’Orbiel.
A Castelnaudary: le Grand Bassin, la cale sèche et l’écluse quadruple Saint-Roch.
A Ayguevives: l’écluse, et l’aqueduc.
A Toulouse : les Ponts Jumeaux.

Carcassonne

Carcassonne

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A Toulouse, le canal latéral de la Garonne prend le relais. Ouvert en 1856 pour rendre la navigation moins périlleuse que sur le fleuve de la Garonne, ce dernier file vers Montech, Moissac et poursuit sa course vers l’ouest avant de rejoindre l’estuaire de la Gironde. Récemment réaménagé, le chemin de halage est une véritable voie verte avec un revêtement roulant. Aussi les kms défilent au compteur et ce malgré une météo chaotique.

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Je trouve le trafic fluvial avec péniches louées beaucoup plus fluide, certainement parce que ce canal est moins célèbre que son grand frère du Midi.
Ponctué de ponts, ponts-canaux, d’écluses(toutes automatisées) l’itinéraire sillonne entre les champs, les vergers, les vignobles.

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Pont canal du Cacor. Moissac

Pont canal du Cacor.
Moissac

Les étals des producteurs locaux au marché de Moissac regorgent de fraises, cerises, abricots et donnent une note colorée sous ce ciel plombé. Un peu plus loin, je m’amuse à slalomer entre des randonneurs pliés sous le poids de leur sac à dos et la pluie battante, bâton en main et coquille St Jacques accrochée comme trophée. J’imagine ces pèlerins des temps modernes en pénitence voulue, en route vers ST Jacques de Compostelle espérer la rémission de leur péchés.
Les coins bivouac ne manquent pas en bordure de l’eau. Mes nuits sans lune sont bercées par le croassement des grenouilles et je commence à m’accommoder aux réveils très matinaux. Les merles, loriots et autres piafs se cherchent à travers leur chant.
Une certaine lassitude commence à me gagner. La magie de l’année dernière n’est pas au rendez-vous. Le mauvais temps y est pour beaucoup. Le canal se jette dans le fleuve de la Garonne à l’écluse de Castets-en-Dorthe. Devant une météo très tourmentée à venir pour les prochains jours, je décroche finalement à Langon et renonce donc à rejoindre la côte Atlantique. Mais je n’ai pas donné mon dernier coup de pédale.

That’s all folks…

Assis face à l’océan Atlantique, l’amertume maltée d’une bière écossaise en bouche, un phoque nageait en surface, un ultime bivouac sous tente, ont été les derniers souvenirs qui ont marqué un terme à mon voyage.Je ne me suis pas rendu aux Shetlands, trop peu de temps pour découvrir cet archipel à part entière et donc l’occasion de revenir une troisième fois en Écosse.Il y a tant d’îles à découvrir…
J’ai repris mon vélo pour rejoindre Kirkwall, derniers coups de pédales après avoir avalé 1 500kms depuis Morlaix.
Le temps n’avait rien d’une invitation à vouloir rester aussi.De mémoires d’îliens, il n’ avait pas plu autant depuis plus de 50 ans.Le mois de juin est normalement le mois le moins pluvieux de l’année.Des éleveurs étaient inquiets pour le fourrage de leur bétail.
Il était temps de rentrer, je commençais à parler à mon vélo aussi.
« I’m a poor lonesome cowboy, and a long way from home… « .

Kirkwall à mon arrivée en milieu d’après-midi,12°:

 

DSC00601[1] Un ferry de nuit pour Aberdeen,un train en panne qui m’a laissé en rade en gare de Dundee, une grève au port de Calais et le ferry qui est arrivé à Dunkerque….J’ai bien vite été confronté aux aléas de la vie quotidienne.

Mon équipement côté thermique avec des températures assez basses pour la saison était parfait.J’ai par contre sous estimé la météo avec la pluie.J’aurais gagné en confort avec des vêtements plus imperméables au niveau des mains et des pieds, et puis le poncho a été une très mauvaise idée, surtout quand le vent accompagne la pluie.Le vélo costaud mais lourd en lui même, je l’ai quand même senti lors de la traversée des Highlands.Un VTC plus léger aurait suffi, surtout que plus de 95% du parcours était asphalté.Rien à redire sur les sacoches Ortlieb et la tente Big Agnes.

Il y a eu vos messages, commentaires que j’ai appréciés et qui m’ont vraiment fait plaisir.Ouah merci.Les gens croisés ou qui m’ont hébergé et avec qui j’ai passé de bons moments.Des lieux, des histoires qui m’ont touché, de superbes observations d’oiseaux, des instants magiques en contemplation devant certains paysages, des souvenirs plein la tête pour cette première expérience de rando à vélo réussie et comme je l’avais souhaitée.Merci à toutes et tous.

Allez, pour vous un dernier regard par-dessus l’épaule:

Arcaibh (Les Orcades)

De l’embarcadère de John O’Groats à celui de Burwick sur l’archipel des Orcades, le temps de trajet est de 40 minutes.Ma traversée a été de 20 minutes plus longue.Le Pentland Firth appelé détroit des Orcades, est l’endroit où les courants de la Mer du Nord et ceux de l’Océan Atlantique se rencontrent.Ce jour là entre eux, ce n’était pas le grand amour.La mer agitée a fait danser le bateau.Point d’orques ou autres mammifères marins vus jouant, chassant…

Arrivé à Burwick, une fois le ferry renvoyé à John O’Groats, les bus également partis remplis de touristes « fraîchement » débarqués pour un day tour, que reste t il? Jean Luc et son vélo bien seul au monde sous la pluie glaçante.Burwick, c’est le terminal ferry à son plus strict minimum fonctionnel:Un quai d’embarquement, trois algeco de chantier et basta.Pas même un café.

drapeau des Orcades

L’archipel des Orcades est un ensemble de plus de 70 îles d’aspect nu(pas d’arbres) assez vallonnées pour certaines et dont seulement une bonne grosse douzaine sont habitées.Un service de ferry efficace assure la liaison entre-elles.L’île principale s’appelle Mainland où se trouve la ville de Kirkwall, et c’est de là que j’ai décidé de planifier mon séjour.Je suis resté plus longtemps que prévu sur les Orcades suite aux conseils avisés d’amis.Beaucoup de sites remarquables sont en effet à découvrir.J’ai donc consacré mon temps à visiter:

La baie de Scapa Flow, son site historique et ses barrières Churchill.

.La chapelle italienne construite par des prisonniers italiens capturés en Afrique du Nord pendant la seconde guerre mondiale.Symbole de réconciliation.

La cathédrale St Magnus à Kirkwall.

-Skaill House, demeure seigneuriale de 17ième siècle.

Et puis, les Orcades ont conservé certains des sites néolithiques les plus anciens et les mieux préservés d’Europe.Elles sont habitées depuis plus de 8 500 ans.

-Skara Brae:Restes d’un ancien village du néolithique, classé au patrimoine mondiale de l’UNESCO.

Maes Howe:Tumulus.Une des dernières sépultures collectives datant de 2750 av J.C. et classé sur la liste du patrimoine mondial au sein du bien intitulé « cœur néolithique des Orcades ».

-Ring of Brodgar:Cercle de pierres, 27 restantes sur les 60 d’origines datant de 2700-2500 aV J.C. et site classé également sur la liste du patrimoine mondial.

Stenness Standing Stones: 4 pierres restantes sur les 12 dressées initialement 3 000 av J.C. et classé sur la liste du patrimoine mondial.

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En dehors de ces sites remarquables, c’est aussi des paysages époustouflants.

J’ai su quitter les routes principales pour emprunter des voies secondaires qui terminaient en cul de sac.Au delà, c’était la mer, les falaises, la vue sur d’autres îles voisines lors de timides éclaircies, des oiseaux, des phoques…De purs moments de contemplation.

Et puis parmi les îles visitées,il y a celle d’Hoy.Véritable coup de cœur.Les habitants y vivent au rythme des saisons et de la nature.Une route en longe la côte est, de South Walls à Molness avec de magnifiques points de vues.Je me suis cru un instant dans le grand nord à m’imaginer voir surgir de cette atmosphère brumeuse des bœufs musqués, un troupeau de rennes…  Et puis sur les hauteurs de cette route, légèrement à l’écart, dans la tourbière, une stèle blanche.(Celle de Betty Corrigall).Le destin tragique de cette jeune femme de l’île d’Hoy, m’a touché.

Au pied du Ward Hill dans le brouillard(point culminant de l’île avec une altitude de 481 m), une route avec pour terminus Rackwick , sa baie et non loin de là, l’aiguille de grès rouge haute de 137m du vieil homme d’Hoy.

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J’ai posé le vélo pour  aller randonner dans le secteur en bordure des falaises, véritables refuges pour les oiseaux de mer qui y nidifient.Et c’est ici que j’ai pu observer mes premiers moines macareux…

En route vers John O’Groats

À l’approche d’Inverness, les 1000 bornes étaient franchies.
J’ai trouvé la ville bien transformée depuis mon passage, il y a 15 ans.Faut dire qu’Inverness a été désignée comme la ville d’Europe occidentale ayant la plus forte croissance.La haute technologie a remplacé les distilleries et le tourisme tient une part importante dans l’économie de la ville.Inverness est un excellent point d’entrée dans les Highlands, avec le canal Calédonien qui relie la mer du Nord à l’océan Atlantique en traversant le Loch Ness, des lignes ferroviaires (à découvrir absolument) qui vers le nord, tracent vers Thurso et Wick, et qui vers l’ouest relient Kyle of Lochalsh.La région est un grand terrain de jeu pour tous les loisirs et sports outdoor.

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J’ai commis l’erreur de vouloir emprunter la route côtière qui conduit à John O’Groats.Beaucoup trop de circulation, l’effort de concentration à stabiliser mon vélo à chaque camion qui passait, m’a vite fatigué. J’ai décroché à Helmsdale, le temps d’un bivouac.C’est de là, que s’est présentée l’alternative d’une route filant plein nord.Une route qui longe en partie la ligne de chemin de fer(Inverness/Thurso/Wick) dans un cadre sauvage, serpentant dans une large vallée comme suspendue entre monts et collines.Des rivières alimentent des lochs et font le bonheur des pêcheurs, des moutons paissent dans ce paysage de landes désertiques, un silence qui dure plus qu’une simple minute.J’ai fait halte à Forsinard posé au milieu de larges étendues de tourbières.Là, se tient dans l’ancienne gare, un centre d’accueil Royal Society for the Protection of Birds, l’équivalent L.P.O en France Un endroit où il a fait bon s’arrêter et discuter ornithologie avec un des responsables du site.


Mais l’air s’est rafraîchi, l’horizon s’est obscurci, et j’avais pas mal de route à parcourir encore, avant d’arriver à Thurso.J’ai passé la soirée à l’abri en compagnie de cyclotouristes anglais, italien, néo-zélandais…
De Thurso à John O’Groats, très peu de miles, mais j’ai fait un détour sur Dunnet Head, en écossais Ceann Dùnaid.

Donnet Head

Donnet Head

C’est une petite péninsule située à l’extrême nord de Grande-Bretagne.Sa pointe septentrionale en constitue le cap le plus au nord.Au bout de la route, la mer, des vagues qui se fracassaient sur les rochers, un vent d’ouest, glacial et turbulent qui voulait m’emporter.Au large, se dessinait dans la brume, la silhouette de l’ile d’Hoy(archipel des Orcades).Pas grand monde à braver ce mauvais temps, ce qui en rendait l’endroit encore plus fantastique.Le vent dans le dos, j’ai terminé de bonne heure ma journée de vélo à John O’Groats pour gagner les iles Orcades en ferry le lendemain.John O'Groats

John O’Groats

John O'Groats

John O’Groats

La nuit a bien été agitée avec de fortes pluies et rafales de vent.Je peux vous dire que la tente, elle est solide.
Toujours pas d’observation de macareux, malgré le spot que l’on m’a indiqué la veille, la météo étant plutôt mauvaise.

La route des lochs

Nous étions 3 cyclistes à quitter Lochranza à bord du ferry pour Claonaig.

Ferry pour Claonaig

Ferry pour Claonaig

Fred, l’anglais à la retraite qui voulait m’entraîner dans sa roue pour aller faire le tour des îles Jura et Mull, et un jeune des îles Lewis qui rentrait sur Fort William.Nous avons fait un bout de route ensemble tous les deux en remontant vers le nord et longeant le loch Fyne.Mais très vite, nos chemins se sont séparés pour cause d’incompatibilité de cadence.J’ai souvent mis le pied à terre.Ce n’était qu’une succession de montées et descentes assez sévères.

Rive ouest du loch Fyne

Rive ouest du loch Fyne

Au fil des jours qui ont suivi, ce sont les lochs Awe, Etive, Creran, Linnhe, Lochy, Oich, Mhor et Ness qui ont défilé jusqu’à Inverness.J’ai connu de superbes moments (bivouacs, paysages, pause thé…).Le Ben Nevis(point culminant de l’Écosse, 1344 mètres) était encore couvert de neige.

(Ben Nevis est un anglicisme du nom gaélique écossais Beinn Nibheis. Beinn est le nom le plus couramment employé en gaélique pour désigner la montagne. Nibheis peut emprunter diverses significations mais il est généralement traduit par « malveillant » ou « venimeux ».Selon une autre interprétation, Beinn Nibheis serait dérivé de beinn nèamh-bhathais, nèamh signifiant « cieux, nuage » et bathais étant le « sommet du crâne ». Une traduction littérale donnerait alors « la montagne ayant la tête dans les nuages », bien que « montagne du ciel » soit une appellation courante).source wikipédia.

 

D’autres situations moins agréables, sur la rive sud du Loch Ness avant d’arriver à Inverness.
Il y a les brumes matinales qui se dissipent sans laisser de traces aux premiers rayons du soleil, il y a celles qui vous enveloppent de mystères, et puis celles bien lourdes accrochées aux cols des montagnes qui n’attendent que votre passage pour bien vous rincer.Je ne sentais pas vraiment le renfermé à mon arrivée à l’auberge d’Inverness. Brouillard, pluie, vent glacial, je n’ai rien vu du Loch Ness, par contre j’ai apprécié ma pause au bar de Foyers.

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Pour commencer, un thé avec scone aux myrtilles accompagné de confiture et crème fouettée. (Le tout fait maison).Et comme l’herbe est bien verte et grasse ici, je ne vous raconte pas le goût en bouche de la crème !!!

Et comme il était l’heure de manger, un burger Angus beef d’Aberdeen.Jamais mangé d’aussi bon.

 

Arran, île des âges

Arrivé en douceur en Ecosse à Troon en fin de soirée, j’ai bien vite trouvé l’endroit idéal pour planter la tente face à la mer, un peu surpeuplé en lapins quand même.

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Pourquoi aller pédaler en Écosse?

Un exemple de ce qu’est une piste cyclable (entre Irvine et Ardrossan).Petits murets de briques et herbes en bordure fraîchement tondues…wpid-wp-1434229772971.jpeg

et une signalétique top.

Quelques nuages étaient ancrés au-dessus de l’île du guerrier endormi (l’île d’Arran).Elle est appelée’ sleeping warrior’ à  cause de sa ressemblance avec un visage humain qui se repose.wpid-wp-1434309869584.jpegÀ peine débarqué du ferry à Brodick je suis tombé sous le charme de cette île. Si jusqu’à présent, tout semblait fonctionner au ralenti, ici sur l’île d’Arran, le temps semble être figé.J’y suis resté deux jours.

J’ai préféré emprunter la route Intérieure qui relie  Brodick à Blackwaterfoot appelée « la Corde » (The String) qui fait l’ascension du Gleann an t-Suidhe.(étape de montagne), puis longer la rive ouest de l’île pour rejoindre Lochranza où m’attendait le gîte mais pas le couvert.

Vue sur la baie de Brodick lors de l’ascension.

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L’endroit est vieux comme le monde, de vielles pierres datant du néolithique se détachent sur ce paysage de landes.

Pierre de Machrie.

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Un petit paradis pour les oiseaux, plus de 250 espèces y seraient recensés. Au large, marsouins, dauphins…sur les plages du sud, des phoques peuvent y venir prendre le soleil.On y croise des biches qui viennent jusque dans les villages,des écureuils….

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J’en ai bien profité, je ne savais pas ce qui m’attendait le lendemain!!!

Au revoir Irlande!

Derniers kms en Irlande entre Belfast et Larne, pour prendre le ferry à destination de Troon en Écosse.Le soleil et le temps de mon côté, j’en ai profité pour trainer en chemin vers Whitehead.

Le nom des rues à Whitehead n’est pas précédé du mot street comme de partout ailleurs.Ce qui lui vaut le nom de la ville sans rue.(The town with no streets).

Beaucoup de gens rencontrés pendant ces 10 jours, m’ont dit que la côte ouest est plus magnifique.Je me suis quand même bien régalé gustativement comme visuellement.Et l’Irlande, sans ses épisodes pluvieux, n’aurait pas cette lumière si particulière à elle.Des gens détendus, patients, pas d’agressivité, de coups de klaxon, aussi bien en ville qu’à la campagne, m’ont laissé une très bonne impression.

Un héritage culturel très riche, particulièrement en littérature avec des écrivains célèbres qu’il me reste à découvrir.Le voyage pour moi se prolonge de retour à la maison.

Shamrock

Shamrock

Ah!Pour les gnomes leprechaun, pas un seul!image

Sunday happy sunday

J’ai fait halte à Bangor(station balnéaire réputée pour son  »microclimat ») avant d’arriver à Belfast. .

Bangor

Bangor

Vous n’avez que l’embarras du choix des immanquables à visiter à Belfast. Le centre ville est magnifique pour son aspect historique.
Le St Georges Market est l’endroit de Belfast, où se tient le marché depuis 1604.En1896, celui-ci est couvert par une magnifique architecture de briques, métal et verre. Une ambiance vraiment conviviale à l’intérieur. Vous commandez ce que vous souhaitez manger, les cuistots se mettent à l’oeuvre, et vous n’avez plus qu’à trouver une place de disponible pour savourer votre plat tout en écoutant de la musique irlandaise en live.

St Georges Market

St Georges Market

Belfast c’est aussi les divisions politiques et religieuses pendant une grande partie de son histoire, entre républicains/nationaliste/catholiques (favorables à l’Union avec l’Irlande) et unionistes/loyalistes/protestants (fidèles eux à la couronne d’Angleterre). Ces divisions ont menée à la guerre civile(Troubles) dans les années 1960 et 1990. La ville a été divisée en secteurs catholiques républicains et protestants unionistes, un mur de la paix les séparant. wpid-wp-1433693014849.jpeg J’ai donc enfourché mon vélo, et suis parti à la recherche de ces fresques murales, dans le quartier catholique de Falls Road où flotte un peu partout le drapeau irlandais et celui protestant de Shankill où là c’est plutôt l’Union Jack. Ces murs peints témoignent du passé trouble de la ville, en illustrant le conflit qui sévit encore de nos jour ou bien des conflits plus internationaux comme celui de la Palestine,des messages de paix aussi.Véritable patrimoine historique et culturel. J’ai aimé…

J’ai terminé tranquillement ma journée de ce dimanche par la visite du jardin botanique, et celle du musée d’Ulster(gratuit comme beaucoup de musée en Irlande).Le musée possède plusieurs ailes:archéologique, historique, histoire naturelle, zoologie, botanique, collections d’objets vikings, puis médiévaux, galerie d’art contemporain. C’était : dimanche, c’est culture.

La Mourne Coastal route

J’ai préféré quitté Dublin par le train.(Pour le train avec vélo, il faut attendre 10h).

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Les voies rapides d’accès à la capitale sont bien aménagées pourtant de pistes cyclables.
Pédaler en bordure de 4 voies, je l’ai testé en arrivant. Quel plaisir y trouver?

Déjà, agression auditive avec la vitesse au passage des voitures et camions, ensuite olfactive avec les échappements, et visuelle.(Le nombre de déchets et d’oiseaux percutés qui jonchent le bord de ce type de route, est absolument hallucinant. A mon rythme, j’ai eu le temps de recenser nombres d’objets hétéroclites:escarpin, ours en peluche, canettes, poupée amputée, plastiques divers, couches, etc etc…Un vrai musée de l’horreur!!
J’ai donc tranquillement commencé à Lusk/Rush.
Dublin, Belfast c’est en gros 2 heures de voiture.J’ai mis 4 jours, mais 4 jours de régal. J’ai emprunté au maximum les petites routes côtières, planté 3 soirs de suite la tente face à la mer d’Irlande.

Piste cyclable du côté de Greenore

Piste cyclable du côté de Greenore

Voir la lumière du jour baissée dans le silence, en fumant sa cigarette, traverser des instants de solitude sous sa tente alors qu’il pleut des cordes à l’extérieur, pédaler aux premières heures du petit matin dans la bruime, se poser pour une observation ornithologique, devoir faire un détour de 30 kms alors que seulement 500 mètres vous séparent à vol d’oiseau de votre point de passage sur l’autre rive,traverser des petits ports de pêche au repos,longer des plages désertes…Le plaisir. Rien de monotone, sur cette route entre montagne et mer, un vrai petit paradis.L’ombre des nuages courent sur les forêts, les prairies, la mer s’assombrit, puis le soleil de retour donne tout son éclat à la mer et au paysage.

En passant par Newry, les prix affichés en livres sterling, les distances annoncées en miles m’ont rappelés que j’étais passé en Irlande du Nord.Mais à part ça ?

Molly Malone

La météo s’est bien vite dégradée, peu après avoir quitté Wiklow.La pluie et de fortes rafales de vent n’ont cependant pas réussi à briser ma détermination de vouloir rejoindre Dublin le soir même.Le vent!!  Il peut être ton ami quand tu l’as dans le dos, et inversement tu peux vite le maudire.
J’ai été charmé par Dublin.

J’y suis resté 2 nuits.J’ai trouvé cette ville cosmopolite et très animée dans les quartiers qui bordent la Liffey.L’ambiance Fish and Chips Guiness peut se prolonger très tard dans la nuit.

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Elle garde aussi la mémoire de ses écrivains célèbres.(d’ailleurs reprise comme ville Unesco de la littérature).Des citations,poèmes… d’auteurs comme Samuel Beckett, W.B.Yeats, Oscar Wilde…fleurissent un peu partout dans les pubs, sur certains murs.J’ai de la lecture en prévision à mon retour.

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Ah quant à Molly Malone,aucun récit  historique n’a pu prouver l’existence de cette jolie poissonnière de Dublin.Mais tout le monde la connaît en chanson.

A écouter absolument par  Les Dubliners

Et on reprend le refrain ensemble…

 »Alive, alive oh,
Alive,alive oh,
Crying »Cockles and mussels, alive, alive,oh »
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50 nuances de green

Ciel couvert et venteux pour cette deuxième journée. Mais quand le soleil arrive à crever les nuages,vous vous retrouvez face à un nuancier de vert incroyable. Il suffit de prendre un peu de hauteur, pour qu’à la sortie d’un virage, vous decouvriez la mer aux reflets émeraudes.Puis le vert du gazon fraîchement tondu, celui des genêts, des quelques arbres,celui des grandes herbes qui ondulent sous le vent,… donnent au paysage une toute autre dimension.Il faut saisir le moment présent, les nuages noirs annonciateurs de pluie rôdent pas trop loin.

J’ai évité de commettre la même erreur que hier.En début d’après-midi, la tente était plantée du côté de WicklowHead.Une petite étape de 53 kms.

Shamrock Scone

Je suis bien arrivé à bon port à Rosslare.
Des oiseaux(Certainement des migrateurs), des dauphins m’ont accompagné tout au long de cette traversée sur mer calme.Le soleil était également de la partie! Que demander de mieux pour entamer ce périple irlandais.
Les premiers kms m’ont laissé bonne impression.Les cyclistes sont respectés par les automobilistes. (Ils peuvent patienter un bon moment derrière vous sans aucune agressivité avant de pouvoir vous doubler).
Wexford passé, voilà déjà Waterblack et une pause gastronomique. Mais à défaut de fish ans chips, j’ai du me contenter d’un steak bouilli accompagné de choux,potiron et pommes de terre.
Des petites routes de campagne sous un soleil qui joue à cache-cache, m’ont mené jusqu’à Courtown.(petit endroit sympa pour y planter la tente face à la mer).Mais comme il était tôt, j’ai préféré donné quelques coups de pédales supplémentaires.
10kms plus loin, et c’était le déluge. Premier bivouac irlandais avorté, soit par le refus de propriétaires, de prés fermés avec de gros cadenas ou de terrain déjà bien gorgé d’eau. Deux heures plus tard sous une pluie battante,j’ai finalement trouvé l’aide d’une personne qui m’a pris en charge avec mon vélo après m’avoir trouvé un hébergement sur Courtown!!!
Donc pas de repos sur le trèfle irlandais à trois feuilles (Shamrock) et toujours pas de scone en friandise!
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Prologue

Les trains à l’heure m’ont permis de regagner la ligne de départ à Morlaix en début d’après-midi.(Et traverser Paris à vélo n’a rien d’effrayant, il suffit de se glisser dans les couloirs de bus autorisés aux cyclistes).
Vent et crachin breton, voilà ce que me réservait cette première journée de vélo, le long des champs de primeurs du pays léonard, jusqu’à Roscoff.(Ancienne cité de corsaires).Une étape qui a été l’occasion de réviser quelques réglages sur la mécanique et l’équilibrage du poids des sacoches.
Roscoff outre ses corsaires est connu pour ses Johnnies. Dans les années 1830, des marchands ambulants roscovites allaient vendre leur production d’oignons rosés de l’autre côté de la Manche.
C’est sur le ferry l’Oscar Wilde comme seul cycliste et sans oignons que j’ai embarqué pour Rosslare.
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H-48

Dernières vérifications.La tente et le reste du matos ont été testés, le vélo a passé le contrôle technique avec succès, l’itinéraire est bouclé et mes doutes estompés.
Ah!Les préparatifs!Une grosse excitation teintée de stress.

Le coup de sifflet du départ de l’aventure sera donné jeudi 28, voie B à 21h35.