Une toile de tente, un duvet, un rechange, un réchaud à bois, un livre de James Lee Burke, le tout dans les sacoches et me voilà parti.

 »Je laisserai le vent baigner ma tête nue… » A. Rimbaud.

Je quitte Langon en milieu d’après midi dans une chaleur orageuse et étouffante. Les pneus collent au goudron sur ces premiers kilomètres qui me permettent de rejoindre le départ de la piste cyclable. Cette voie verte réalisée sur une ancienne voie ferrée file sur Mios et au-delà vers le bassin d’Arcachon et l’océan Atlantique.

L’air est électrique. Il me semble qu’une simple étincelle suffirait à ce que tout s’embrase autour de moi. le vent chaud réduit au silence pesant ces forêts de pins que je traverse. Même pas un chant d’oiseau se fait entendre. la sueur ruisselle sur un corps qui souffre. Je m’impose de fréquentes pauses aux anciennes haltes ferroviaires et ouvrages réhabilités pour m’hydrater. Solitude la plus totale en cette première journée, où je ne croise aucun cycliste. Les spots pour bivouaquer ne manquent pas tout au long de cette piste de très bonne qualité. Justement premier bivouac 3h30 plus tard, il est temps, l’orage menace. Je m’endors avec le bruit de l’impact des grosses gouttes sur la toile de tente.

La piste s’enfonce en de grandes lignes droites dans la brume matinale. Le vent m’apporte des odeurs de bruyères et de genêts. Les arbres s’égouttent de la pluie nocturne. De Biganos à La Teste de Buch, la section cyclable est plus urbaine et je n’y trouve aucun intérêt  mais arrive à me perdre. Vigilance à droite, à gauche à cause de la circulation automobile et je zappe le balisage.
Je retrouve finalement la voie de sortie, pour quelques kilomètres plus loin, me heurter à la dune du Pilat.

Cette masse de sable me prive de tout horizon océanique, sauf à gravir ses 110 mètres de hauteur.

En descendant vers le sud, la piste serpente entre forêts et nombreux lacs. (De bons spots bivouacs).

Au détour d’un virage, une brèche dans la pinède me laisse entrevoir le ciel qui se déverse sur l’océan. C’est l’occasion de croquer dans une barre de céréales tout en appréciant le silence.

De brèves ascensions succèdent à de courtes descentes, il faut les franchir ces dunes de la forêt landaises. Je commence à rencontrer des rando-cyclistes sur la Vélodyssée. Certain(e)s roulent le temps d’une étape journalière, d’autres qui pédaleront plusieurs jours pour remonter jusqu’à Morlaix en Bretagne. Ces rencontres donnent l’occasion de causer et ce sont conseils, infos diverses voire récits de voyage qui sont échangés.   Par contre d’autres filent à vive allure, sans se soucier que je suis en rade sur le bord de la piste. En effet, une belle fissure se profile sur la jante de la roue arrière. Un des patins de frein est du coup sérieusement touché. La roue est à changer, elle ne tiendra pas les 150 kms du parcours restant. Demi tour sur Mimizan pour trouver un réparateur vélo. Le livre de J. Lee Burke me sauve de cet arrêt forcé, le temps des réparations.

L’océan est juste sur ma droite.

Les immenses plages de sable blanc et fin sont d’une beauté sauvage.

 Les plantes ancrées aux dunes, ondulent sous la brise marine. Quelques oiseaux marins dérapent dans le ciel.

Des surfeuses tentent les dernières vagues avant que le soleil ne bascule totalement dernière l’horizon.

Les constellations s’allument les unes après les autres. Le bruit des vagues qui descendent la plage doucement comme un murmure, sous un ciel de plus en plus étoilé me procure une véritable sensation d’échapper à la civilisation. Je prends le large…

Finies les longues pistes forestières. Voilà que je m’approche de Bayonne. le relief change, les montagnes du Pays Basque se dessinent en fond de toile. A partir de Biarritz, les membres se plient, se tendent, s’étirent. Le sélecteur vitesse est sollicité.

Cette fin de parcours n’est pas véritablement aménagée non plus pour les cyclistes, mais qu’importe, je suis gagné par l’euphorie d’arriver à Hendaye en roulant sur cette magnifique corniche basque.

La côte d’Argent, ça , c’est fait.